Romans pour ados

Rose Rage / Illana Cantin / Hachette Jeunesse

« Rose Rage » d’Illana Cantin, c’est l’un des romans lus dernièrement qui m’a le plus marquée. On comprend en voyant la couverture qu’on ne lira pas un récit englué dans de bons sentiments avec des clichés qui pleuvent et pleuvent et pleuvent. Mais qu’il s’agira d’un combat ou peut-être de combatS menés par une fille en particulier – mais en fait par tant d’autres, on le verra. Y aura de la rage, quoi.

La rage. C’est une colère démesurée. Ou, plus scolairement parlant, dixit Le Robert, un « état, mouvement de colère ou de dépit extrêmement violent, qui rend agressif ». Ben oui, mais parfois il y en a des raisons, d’être agressif. Et la colère peut être saine et même nécessaire. Il faut dire que le déclenchement de la rage, dans ce roman, s’explique avec évidence :

Présentation de l’éditeur

Il y a cet « évènement » marquant car inacceptable. Une fille a été renvoyée de son établissement scolaire parce qu’elle a été agressée sexuellement. C’est clairement une injustice. Qui aurait pu passer inaperçue comme tant d’autres violences. Et ça, c’est énoncé dès le début du roman.

Extrait du roman

Je ne vais pas vous refaire l’histoire des injustices faites aux femmes, il y a des tas de choses que l’on sait, que les salaires ne sont pas les mêmes, que les filles sont moins représentées et reconnues dans les milieux sportifs, qu’elles s’interdisent d’exercer des carrières scientifiques, que leur temps journalier passé à effectuer des tâches domestiques est exorbitant, que leur place en politique est très loin d’être prégnante. On continue ? Il ne faut d’ailleurs pas se contenter de ces constats. Il faut les dénoncer, bien sûr. Mais il faut également relever ces injustices ordinaires comme celles énoncées dans l’extrait ci-dessus. Ordinaires car ancrées dans le quotidien comme si elles étaient normales. Les filles qui ont leurs règles font du cinéma, les gens sont plus conciliants avec les garçons, bref « les femmes sont moins bien loties que les hommes ». Et le roman d’Illana Cantin en parle dès le début. Cash. La vérité éclate et n’en finit plus d’interpeller. L’autrice évoque d’ailleurs d’autres situations. Quand on les lit, quand on est une femme, bien évidemment qu’on se dit « p…, moi aussi je l’ai vécu ou je l’ai vu, ça ». Petit exemple : « les commentaires sexistes dans les repas de famille », « les débats inutiles sur les réseaux sociaux », « les pubs pour vendre des voitures qui exhibent des bimbos ». La vérité éclate, c’est écrit noir sur blanc. Qu’en faire alors, quand on ne peut plus l’ignorer ?

Que va en faire Rachel ? Cette jeune fille, bonne élève, très scolaire, pas mal timide, journaliste en herbe ? Elle va faire quelque chose qui la surprend : elle va ameuter du monde, des tas de lycéennes -mais pas que- pour protester contre l’injustice suprême et toutes les autres. Grâce à elle et malgré elle, car cela la dépasse. Rachel va relever bien des défis surprenants pour mener à bien un combat qui est un combat universel. Quelle héroïne ! Son parcours initiatique est passionnant et démontre aussi que non, les filles timides ne sont pas des cruches ou des personnes associables (petite dédicace à moi-même). Tout le monde peut y arriver, avec ses propres moyens et ses propres motivations. Bref, Rachel elle est badass. Elle l’a toujours été mais ça devient carrément évident au fur et à mesure de la lecture.

Autour d’elle gravitent des tas de personnages absolument incroyables. Qui, il faut le dire, ont vécu des trucs plus ou moins compliqués et parfois tus – coucou les tabous. Franchement, il y a des passages qui sont durs à lire, à imaginer, mais ils deviennent beaux parce que les révélations sont accompagnées d’écoute, de soutien, d’étreintes. C’est la puissance de la sororité. Je pense souvent à cette phrase magnifiquement juste issue du roman : « j’ai alors réalisé que, dans les nombreux moments de solitude que j’avais vécus en tant que femme, j’avais en réalité toujours été accompagnée par des milliers d’inconnues ». Vous comprenez pourquoi elle me trotte dans la tête. Elle me donne même des frissons tellement elle me parle.

Il n’y a pas que des filles qui entourent l’héroïne. Ben oui, sachez le, le féminisme n’est pas une affaire de femmes ! Ce n’est pas un gros mot non plus, ça c’est moi qui le dit.

Alors, leur combat va-t-il permettre à ces lycéennes de changer les choses ? Disons, sans trop en révéler, qu’obtenir le but espéré, c’est important, mais que l’essentiel c’est la lutte. Parce que c’est la lutte qui fait bouger les consciences, qui bouscule les préjugés et qui fait grandir. L’important, c’est ça. Et lutte après lutte, il y aura peut-être un résultat universellement partagé, l’égalité. Attendez, je vais mettre une majuscule. L’Égalité.

Sinon, vous avez vu ? Le titre c’est « Rose rage ». C’est marrant -ou du moins insolite- parce qu’au moment où je vous écris ces lignes, dans la véranda d’une petite maison perdue en Haute-Saône, j’aperçois trois filles qui jouent ensemble dans la rue et elles sont habillées en rose de la tête aux pieds. L’image que j’ai sous les yeux est jolie. Elle est presque poétique parce que ces fillettes soufflent dans un truc qui fait des bulles et les bulles s’envolent dans le ciel ensoleillé tandis qu’elles s’amusent. Mais je ne peux pas m’empêcher de me questionner : seront-elles toujours insouciantes ? C’est la question légitime que je me pose. Alors je fixe cette image dans ma tête et j’espère fortement, pour elles et toutes les autres. J’essaye de m’en convaincre. Mais j’ai envie de dire…

Soyons en colère ! Et apprivoisons cette colère qui est une véritable force. On en a même besoin.

Extrait du roman – photo imparfaite prise par moi-même, c’est cadeau !

Tout le monde devrait lire ce roman. Il nous permet de comprendre. De ne pas nous contenter de simplement savoir. Il n’y a pas de petites ou de grandes injustices. Il y a injustice. Il n’y a pas de petites ou de grandes violences. Il y a violence. Et au milieu de tout ça, il y a de l’authenticité, de l’émotion. Il y a la sororité. C’est beau.

Je pense à ma grande fille. A mon fils aussi. Je l’éduque pour qu’il puisse lui aussi participer à la construction d’un monde meilleur. Et je pense à ces trois petites filles qui jouent innocemment. Ne restez pas passif, regardez, comprenez, parlez, criez si ça peut aider.

On referme le roman. On revient au début. On lit la dédicace. Et tout se clôt de manière évidente.

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