Pensées livresques

L’amour, l’amour, l’amour

J’adore cette chanson de Mouloudji reprise par le groupe Bon Entendeur. Mais oui, elle vous dit quelque chose, forcément ! S’il vous arrive de regarder (encore) la télévision, vous avez sûrement en tête cette publicité pour cette chaîne de supermarché qui commence par un I et qui finit par un é. Je l’avoue, j’ai visionné la vidéo avant d’écrire l’article et j’ai pleuré. Oui, je pleure devant les pubs mais je pleure surtout quand c’est beau. Et c’est une jolie fiction, si on ne s’attarde pas sur le côté commercial de la chose.

C’est bien une fiction, cependant. J’ai longtemps été hôtesse de caisse durant mes années d’étude et je n’ai jamais été convoitée par un client qui, par amour, achèterait des légumes au lieu de pizzas surgelées. J’ai plus souvent eu affaire à des gens ingrats comme par exemple – je crois que c’est le pire – à ces personnes qui collectionnent les bons de réduction et qui te les déposent sur chaque article en te disant « vous avez vu, j’ai mis un bon de réduction sur le papier toilette et sur ça et sur ça » et qui ne te regardent même pas. Sans doute que j’exagère quelque peu : un jour de canicule, une dame âgée m’a offert une tablette de chocolat parce que j’étais blanche comme un cachet d’aspirine. C’est ma marque de fabrique d’être blanche comme un cachet d’aspirine mais ça, elle ne le savait pas. Elle pensait que je manquais de magnésium. J’ai aimé son geste, c’était touchant. La preuve, je m’en souviens. J’aurais clairement pu être l’héroïne d’une publicité. À bon entendeur.

Bref, je m’égare. Vous verrez, c’est dans mes habitudes.

Aujourd’hui, c’est la Saint-Valentin et j’aime parler d’amour, alors j’en profite. Et j’ai cette fameuse chanson en tête qui parle d’amour si justement et qui, en plus, me rappelle le mariage de ma meilleure amie :

L’amour
C’est un printemps craintif
Une lumière attendrie
Ou souvent une ruine

L’amour, l’amour
C’est le poivre du temps
Une rafale de vent
Une feuillée de Lune

C’est beau tout de même, non ? J’aime bien m’attarder sur les paroles des chansons. J’aime bien la poésie. J’aime bien l’amour.

C’est la Saint-Valentin. Je dis souvent que je n’aime pas particulièrement cette fête. Je ne sais pas pourquoi. Je ne serais pas honnête si je vous disais que c’est parce que c’est commercial parce que j’adore Noël, par exemple. Je vis Noël à 200% et pour cela, je compte rarement à tel point que j’ai le statut de « Mme Pigeon » à Noël (coucou ma banquière !). Non, je pense que ça me gêne parce que je me rappelle les Saint-Valentin passées seule alors que tout dégouline d’amour ce jour-là. Ce n’est pas cool pour ceux qui sont seuls et qui souffrent de la solitude.

Mais mais mais. On peut parler d’amour, tout simplement. Sans obligation d’achat ! Juste parce que c’est bien trop chouette. Et la littérature de jeunesse regorge de romans d’amour comme on les aime. Il y a les grands classiques qui émeuvent à tous les coups, ceux qui sont plus confidentiels, ceux qui n’amènent pas forcément là où ça semble évident. Je vais essayer de vous parler au mieux de ceux qui m’ont particulièrement marquée. Voici mon top 3 des romans d’amour pour ados (et pour les plus grands, bien évidemment).

Le classique qui fonctionne toujours mais en même temps y a des raisons

Nos étoiles contraires / John Green / Pocket Jeunesse

Certains vont dire : ah non, pas encore. Mais j’ai envie de répondre : mais si, bien sûr que si !

Si on a cette réaction, c’est parce que ce roman a eu tellement de succès qu’après sa parution, il y a eu des tonnes de livres qui mettent en scène des histoires d’amour avec la maladie en fil rouge. Mais celui-ci, c’est THE livre. Celui qui vous prend aux tripes. J’ai tant pleuré en le lisant et j’ai tant pleuré en visionnant le film avec ma fille, il y a quelques semaines. Je pleurais mais en même temps je me disais « non, arrête de pleurer, tu sais comment ça va finir, tu vas avoir mal à la tête pendant des plombes et tu vas le regretter » (les maux de tête, c’est l’histoire de ma vie, mais le drame dans tout ça c’est qu’ils ne vont pas du tout de pair avec mon hypersensibilité). Je vous le dis texto : j’ai pleuré quand même. Et j’ai passé la nuit avec un gant de toilette mouillé sur mon front.

Y a un truc vieux comme le monde qui fonctionne à coup sûr : c’est de jouer avec les émotions. John Green, c’est un génie sur ce point. Il m’a tuée. John Green m’a tuer (si vous avez la référence, c’est que vous avez passé une certaine tranche d’âge, comme moi, c’est cadeau).

Le topo du roman est simple :

Petite capture de Babelio, à l’ancienne

Les histoires d’amour tragiques, ce n’est pas nouveau. Mais le plus de ce roman, c’est l’originalité. Les personnages sont des ados lambdas mais l’auteur en fait des sortes de super-héros du quotidien. Leur pouvoir magique, c’est leur sensibilité. Et ça donne des trucs chouettes. Les dialogues sont des pépites de beauté. Je ne le cache pas, il y a pas mal de phrases un peu mièvres mais je suis bon public pour ça et John Green rend tout ce qui mièvre très juste et magnifique. Comme lorsque Hazel, l’héroïne, parle d’éternité. Et d’infini.

Comme je ne peux pas parler de notre histoire d’amour, je vais parler de maths. Je ne suis pas très forte en maths, mais je sais une chose : il existe des nombres infinis entre 0 et 1. Il y a par exemple : 0,1 et 0,12 et 0,112 et toute une ribambelle d’autres nombres infinis. Evidemment, l’ensemble de nombres infinis compris entre 0 et 2 ou 0 et 1 000 000 est beaucoup plus important que celui compris entre 0 et 1. Certains infinis sont plus vastes que d’autres, nous a appris un écrivain qu’on aimait bien, Augustus et moi. Il y a des jours, beaucoup de jours, où j’enrage d’avoir un ensemble de nombres infinis aussi réduit. Je voudrais plus de nombres que je n’ai de chance d’en avoir, et pour Augustus Waters, j’aurais voulu tellement plus de nombres qu’il n’en a eus.

Et là, il y a cette phrase qui achèvera tous ceux qui ont déjà lu le livre ou vu le film

Mais, Gus, mon amour, je ne te dirai jamais assez combien je te suis reconnaissante de notre petite infinité.

Excusez-moi, je fais une pause pour me moucher.

Bon, vous l’avez compris, « Nos étoiles contraires », c’est un roman d’amour tragique, qui fait pleurer et dont on a du mal à s’en remettre. Il parle d’un amour évident, tellement évident qu’il n’a pas besoin d’être clinquant. J’aime beaucoup une des phrases d’Hazel :

Je suis tombée amoureuse pendant qu’il lisait, comme on s’endort : d’abord doucement et puis tout d’un coup.

Voilà. Et puis, il y a aussi Amsterdam. Le meilleur ami barré mais attendrissant. Un vieil écrivain aigri qui cache des blessures anciennes. Des rêves déchus. Et le fait que les personnages s’appellent par leur prénom et leur nom de famille. J’adore. Sérieusement. Il n’y a que les américains qui font ça, j’ai l’impression. Dans les romans, les films, les séries. Alors quand Augustus s’adresse à Hazel en l’appelant « Hazel Grace Lancaster », ça claque. Étonnement ça le fait moins avec nos propres noms et prénoms. Essayez, vous verrez.

Ce roman, il aborde également la maladie sans détour. Parce que la maladie, ce n’est pas glamour, hein. Y en assez que ce soit tabou. Il faut en parler. John Green ne fait pas non plus d’Hazel et d’Augustus des personnages super courageux. Parce que la vérité c’est que quand on est malade, on souffre. Il n’existe pas de version édulcorée du cancer. Ici, rien n’est occulté et c’est tant mieux parce que c’est vrai.

Nos étoiles contraires. À lire. À relire. À aimer. À détester. Mais on ne peut pas, on ne doit pas passer à côté !

Celui qui te bouscule le plus et même que tu ne t’y attends pas

Tous nos jours parfaits / Jennifer Niven / Gallimard Jeunesse

Mais oui, ce roman fait partie de ceux qui te marquent parce qu’ils te ramènent à toi-même, à tes failles. Tu n’avais franchement pas demandé ça, quand tu l’as acheté ou emprunté mais une fois que tu le lis, ce livre, tu n’as pas le choix, tu es confronté à ce que tu as vécu, de près ou de loin, et tu fais avec. Je dirais même plus : tu réalises que tu avais besoin de ce roman dans ta vie. Et personnellement, je l’ai lu pile au bon moment, quand j’étais enfin en paix avec ma petite personne. Je vous le donne en mille : c’était pas gagné !

Dans ce roman, il est également question de la maladie. Mais de la maladie mentale. Et ça, c’est clairement tabou. Il aborde aussi les thèmes du deuil et de la reconstruction. Toutes ces questions qu’il semble nécessaire d’aborder mais qui n’ont rien de glamour et qui n’ont rien à voir, à priori, avec l’amour. Sauf que si. On peut être malade et aimer. On peut être en souffrance et aimer. C’est dit.

La capture de Babelio, le retour

J’aurais tant à dire de ce roman. Il m’a bouleversée. Pour avoir vécu la dépression de longues années, je peux vous dire à quel point il sonne juste. Et pour tout vous dire, c’est un peu l’amour qui m’a sauvée (et les marches avec ma maman, ou comment marcher 10 minutes dans la rue de ton enfance est un exploit que tu es fière d’accomplir). Il faut vraiment réapprendre à vivre, comme cela est dit plus haut. C’est difficile de le faire seul(e). Et puis le but quand tu te réveilles et que tu réalises que la noirceur est encore en toi, c’est de vivre, juste une fois, un jour parfait. Ce n’est pas grand-chose mais c’est un grand tout, en même temps. Mais qu’est-ce qu’un jour parfait ?

Extrait du roman – Ne vous inquiétez pas si vous voyez flou, c’est normal

C’est beau de les voir s’aimer, ces deux-là. Ces écorchés de la vie. Ce n’est pas linéaire, ah ça non. La maladie reprend parfois le dessus, les épreuves s’acharnent sur eux, ils ne vont pas changer de statut non plus aux yeux des autres. Mais ils vont essayer. On ne peut qu’assister à cet essai avec beaucoup de reconnaissance. C’est pur. C’est juste. Ce sont deux humains qui ressentent des choses humaines. C’est important de le signaler.

Oui, une personne. Un être humain. Qui doit composer avec lui-même. Et avec ses sentiments.

Franchement, ce roman vaut la peine d’être lu. Il ne va pas révolutionner la littérature de jeunesse mais il va vous émouvoir et peut-être même vous toucher en plein cœur. En cela, il va faire plus que vous divertir. C’est déjà beaucoup !

Le carrément indispensable tellement il est beau et poétique

Songe à la douceur / Clémentine Beauvais / Sarbacane

Je n’ai pas trouvé l’image dans de plus grandes dimensions mais clairement elle mériterait d’être affichée en grand sur toute la page. Ça existe du 2568 x 56568 ?

J’aime tellement Clémentine Beauvais. Je l’ai rencontrée un jour dans un salon du livre et je lui ai dit que j’adorais ce qu’elle faisait. Ce genre de moment gênant durant lequel tu as envie de dire des tas de trucs touchants et intelligents mais il ne sort de ta bouche qu’une phrase banale et pathétique. Je l’ai vue et je lui ai juste dit ça. Mais venant de moi, c’était déjà pas mal. Elle ressemble à un ange, Clémentine Beauvais. Elle est douce et toute simple. En même temps, elle est impressionnante parce qu’elle est douce et simple et infiniment brillante mais de cette intelligence faite de modestie.

Ce récit, je l’aime à la folie. Il est destiné aux grands ados et aux adultes. Il est d’ailleurs édité dans une collection adulte, chez Points. Je l’aime parce que l’histoire d’amour est une vraie romance. Pas au sens péjoratif du terme. Non. C’est une romance parfaite parce qu’il y a de la poésie et de la musicalité dans cette histoire. Jusque dans l’écriture, qui est en vers libres. C’est parfait. Magnifique. Fin. Drôle parfois. Bouleversant souvent. Pudique.

Présentation de l’éditeur – c’est encore un peu flou, on ne m’en voudra pas

Rien que de relire le résumé, j’en ai des frissons. Je repense à l’authenticité de ce récit. Le fait qu’il se déroule sur plusieurs années l’explique sans doute. Oui, on change, on évolue, on fait avec ce que la vie nous donne et parfois, c’est compliqué. Mais j’aime l’idée que l’on peut se recroiser, se revoir, s’aimer à nouveau ou du moins tenter, comme s’il y avait un truc qui nous était prédestiné. Parfois, il y a des signes qui nous hèlent et nous surprennent. Il faut en faire une histoire. Et quelle histoire !

Il faut. Il faut. Il faut. Le lire.

Mon top 3 des romans d’amour pour ados s’achève ici. Bien sûr, il y en a des tas d’autres. Mais je suis attachée à ceux-là parce que, encore une fois, la littérature est liée à ma vie et qu’ils me touchent, sincèrement. Tous d’une manière différente mais ils ont cette faculté évidente à m’animer – ou à me réanimer ! Je suis certaine que vous aussi, vous avez un roman d’amour qui colle à votre vie et qui vous attend quelque part. Cherchez bien !

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