Albums, Pensées livresques

Littérature + cinéma + musique ? Une équation parfaite !

Aller au cinéma avec lui

Vous le savez, que je m’émerveille pour rien. Et tout. Que je suis ce genre de personne qui pleure facilement (mais qui n’a plus honte de ça, c’est mon pouvoir magique, maintenant). Et bien ce matin, j’ai récidivé. J’ai pleuré. Tout doucement. Personne ne m’a vue car nous étions, Oscar et moi, blottis dans la presque-obscurité du théâtre de l’Espace, à Besançon. On parle souvent d’étoiles dans les yeux. Ça fait sourire mais il y en avait véritablement des milliers qui entouraient mon petit garçon ce matin. Et qui illuminaient son âme d’enfant.

Pour tout vous dire, j’ai cette image dans ma tête parce qu’elle me fait penser à un album que j’ai récemment emprunté à la médiathèque.

Bleu, Britta Teckentrup, La Martinière Jeunesse

Dans cet album, Bleu vit au coeur de la forêt. Il a oublié depuis longtemps comment voler, jouer et chanter. Mais un jour, Jaune arrive. Et petit à petit, tout change…

Tout change parce qu’au passage de Jaune, tout s’illumine. Et c’est exactement ce dont Bleu a besoin. De sa lumière. Et de son chant mélodieux, aussi.

Le troisième jour, Bleu releva doucement la tête

C’est cette image que je superpose, dans ma tête, à celle d’Oscar qui souriait ce matin lorsque les lumières se sont éteintes. Damien, Élise et Agathe, les musiciens, ont joué des compositions qui s’accordaient parfaitement à l’image qui apparaissait sur l’écran. Et à Oscar qui souriait. Si joliment. Si naturellement. C’est comme s’il y avait cette traînée de poudre lumineuse qui virevoltait autour de lui et qui rendait ce moment évident.

Les courts-métrages proposés étaient adaptés aux plus petits spectateurs. Oscar et ses trois ans étaient donc tout à fait à leur place, au théâtre de l’Espace ! Nous sommes allés voir « Le Petit Monde de Leo ».

Capture du site des 2 scènes à Besançon

Vous connaissez peut-être l’univers de Leo Lionni ? C’était un auteur-illustrateur italien (naturalisé américain) et il est très connu en littérature jeunesse. L’album « Petit Bleu et Petit Jaune » est souvent utilisé en pédagogie pour l’apprentissage des couleurs. C’était son tout premier livre. Il a été publié en 1959. Le monde de Leo Lionni est simple. Il est fait de collages, il n’y pas fioritures tout autour. Cependant, avec peu il arrive à retranscrire une évidente poésie. Dans l’album « Fréderic » réside toute la quintessence de son univers. C’est le récit d’un mulot qui, au lieu de faire des provisions de maïs, s’occupe de faire des provisions de soleil, de couleurs et de mots.

Frédéric, Léo Lionni, l’École des Loisirs, 1975

Cette histoire fait partie de celles qui ont été animées par Giulio Gianni et proposées ce matin dans le programme de courts-métrages du théâtre de l’Espace. C’était très réussi. Et rendu plus beau et poétique encore par la musique jouée par un trio de musiciens composé de Damien Groleau, Élise Kali et Agathe Lorca. Elle s’accordait parfaitement avec l’ambiance colorée, fantaisiste et douce de l’auteur-illustrateur italien. Cette musique savait également changer de couleur et s’adapter aux passages aux aspects plus dramatiques. Quand j’ai demandé à Oscar de me dire quel était son court-métrage préféré, il a de suite évoqué celui avec le gros poisson noir méchant. Je crois que la musique a beaucoup fait pour rendre justement hommage au côté bad-fish du personnage. Au passage, ça me fait réaliser que les enfants aiment bien se faire peur (et moi j’en profite car j’ai souvent le droit à un rapprochement tête contre épaule). Par ailleurs, j’ai personnellement adoré le passage disco night fever dans l’océan. Même salle, plusieurs ambiances, deux préférences !

Les ciné-concerts apportent énormément. Et évidemment, c’est tant enrichissant d’écouter le son des instruments « en direct », de voir les musiciens à l’action, de découvrir que la musique, ce sont des personnes qui la créent. Pédagogiquement parlant, il y a tant à faire avec la musique. Les enfants le perçoivent très bien. Je ne vous cache pas qu’en rentrant à la maison, j’ai été sommée de trouver fissa une paille dans le tiroir à bazar de la cuisine, pour pouvoir faire le poisson « comme la dame elle a montré » à la fin du ciné-concert. C’est un exemple mais cela démontre qu’au delà de la réception pure et simple de la musique, il y a création et parfois même expérimentation. Oui, vraiment, les ciné-concerts apportent beaucoup et je suis toujours émue de constater à quel point la musique, en live notamment, livre des émotions si riches et diverses. J’ai été heureuse de ressentir ça, ce matin.

À la toute fin du programme, nous avons également pu découvrir un court-métrage inspiré de l’album « La Lune sous la mer – Lalin anva lanmé » d’Isabelle Cadoré et Élodie Dusseaux, aux éditions L’Harmattan. Avec toujours la musique du trio mais aussi l’histoire narrée en fond, en français et en créole. C’était un agréable moment, dans la lignée des fables poétiques de Leo Lionni. C’était chouette de s’imprégner de la douce sonorité créole mélangée à la langue que nous, nous pratiquons tous les jours. Parfait accord. Il y a aussi eu quelques frayeurs, du côté d’Oscar. Il est où le soleil ? demandait-il paniqué tandis que la lune découvrait le monde marin. Il faut dire qu’elle était tant occupée qu’elle en a quelque peu oublié le soleil. Ce conte m’a touchée, profondément, personnellement. Il m’a rappelé la chanson de Charles Trenet qu’on chantait si souvent avec ma grand-mère.

Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n’est pas là et le soleil attend
Ici-bas, souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver, il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit
Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n’est pas là et le soleil attend
Papa dit qu’il a vu ça lui

C’est fou comme la vie est faite de petits instants qui s’accordent et qui vous ramènent à ce qu’il y a de plus beau.

Cet article pour vous dire, mais vous l’aurez compris, que les livres et le cinéma peuvent très bien aller ensemble. Ils peuvent même se sublimer. Si, en plus, vous ajoutez une musique en symbiose avec les émotions et l’innocence d’un enfant, alors vous pouvez faire comme moi et pleurer. Parce que vous vivez un beau moment, un moment parfait.

Petite Eleanor/Raiponce qui danse, devant un écran de cinéma, en 2014. Le temps passe mais le cinéma a toujours le pouvoir de procurer des émotions et d’insuffler un certain vent de liberté. Ce matin. Il y a quelques années. Moments identiquement parfaits pour clore parfaitement cet article.

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